vendredi 7 septembre 2018

KISS - L’improbable réussite

KISS – L’improbable réussite.

kiss

Il était une fois... l'impossible

Réussir à sortir de l’anonymat sans se faire lyncher dans un New York au territoire morcelé, où chaque cartier est aux mains d’un gang différent, comporter deux musiciens juifs (les «décideurs» : Simmons/Stanley) et adopter un patronyme qui contient deux «S» reprenant l’iconographie «SS», se grimer en clown, ne pas maitriser plus que ça ses instruments... pour en arriver à une reconnaissance mondiale: incroyable!

Considéré de nos jours comme une réunion de business men, une pantomime au discours transparent, Kiss a le mérite d’avoir visité les caniveaux new-yorkais avant d’en arriver-là. Car si la critique est facile, indubitablement, ces types ont bossé pour situer leur groupe à ce niveau. Jugez du peu: entre 1974 et 1976, le groupe sort 5 Lps studio épaulés par un double album live! A cette cadence entrecoupée de tournées de plus en plus pharaoniques, cocaïne et alcool sont au menu quotidien. Côté son, les deux premiers essais: Kiss et Hotter than hell (1974) sont produits par Ritchie Wise, ex cofondateur du groupe Dust, combo de hard rock psychédélique comprenant également le futur Marky Ramone aux fûts.

Kiss - Strutter


Le 3ème ouvrage: Dressed to kill (1975) est en partie autoproduit avant que des Rolls de studio ne reprennent l’affaire en main. En 1976, Rock and roll over est "consolé" par Eddie Kramer, entre autre ingénieur du son chez Hendrix, qui laisse le siège à Bob Ezrin pour le surproduit mais néanmoins excellent Destroyer. Casablanca Records met donc la main à la poche pour promouvoir au mieux ses poulains. La suite du sprint vers la célébrité, moins musicalement talentueuse aux goûts de certains, vaut également par les audacieuses décisions artistiques qui sont prises.
En 1978, chacun des quatre membres du Bisou sort un album solo tout en conservant une ligne directrice au niveau du visuel. Les pochettes font l’objet d’un même traitement où un portraitiste peint nos héros sur fond noir, les nimbant simplement d’une couleur différente: violet pour Stanley, rouge pour Simmons, bleu pour Frehley et vert pour Criss. Le lettrage reste identique au logo du groupe qui apparaît également. Le plus réussi du quatuor semble être celui d’Ace Frehley, enfant du Bronx et guitariste soliste, ce qui ne va pas sans créer quelques tensions avec ses deux collègues dictatoriaux, jusque-là principaux auteurs/compositeurs lorsque réunis. La fissure évoluera-t-elle en crevasse? Plus tard, un peu plus tard...
Dernier véritable fait d’arme: I was made for loving you (1979). Ce single hard glam rock disco les couvre de diamants.

Kiss - I want You



Mais quelle formule magique ces gaillards ont-ils mise en œuvre pour s’élever ainsi alors que rien ne les prédestinait à l’or du podium? Via ses partitions, quel type de rock Kiss livre-t-il? Peut-on qualifier sa musique de heavy pop? Les chansons tournent autour des 3/3 : 3mn et 3 couplets entrecoupés d’un même refrain, un solo incisif de Les Paul avoisinant les 5 secondes s’insérant à la suite d’un de ces derniers. Point. C’est tout? Oui. Plus Beatles que Stones, Kiss a simplement appliqué ses propres tables de la Loi à la lettre: faire «punchy», mélodique, adolescent. Le reste, c’est de la sueur et des kilomètres.

Alors, peu importe où en est le groupe en 2018, peu importe qui œuvre en son sein, peu importe les rides sous le maquillage, la légende de Kiss est derrière-lui. Et lorsque Alive! (1975) tourne sur la platine, qu’il ait été intégralement refait en studio ou non, les paillettes alourdies par le poids des ans brillent et volent à nouveau dans les yeux du quinquagénaire qui l’écoute.
Laissons-nous rêver encore un peu...


Thierry Dauge

Aucun commentaire:

Publier un commentaire