jeudi 12 avril 2018

Neil Young

Neil Young ou l’éter-Neil jeunesse 

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Neil Young

Neil Young - On the Beach - 1974

Multipliant les enregistrements studios, espérer résumer en quelques lignes la carrière discographique de Neil Young relève d’une gageure. Pour ce ténébreux auteur compositeur interprète canadien, l’exhaustivité renvoie directement à Une autobiographie, pavé de 450 pages sorti en 2012. Et encore! On y aborde quantité de sujets, dans le désordre: enfants handicapés, trains électriques, système de lecture numérique... mais peu ce pourquoi des millions de fan le suivent: sa musique et ses disques. 
Comment vient-on à Neil Young
Un article dans une revue? Un 33 tours chez un disquaire? Le bouche à oreille? Un poster punaisé au mur chez un copain? Un bouquin «presse purée» de trois mille pages du type : «les 850 fantastiquissimes albums à aligner dans sa discothèque»? 
Pour ma part, au lycée, par le biais d’une ravissante baba cool croisée: On the beach (1974), sur un piquet de grève. Dès la première écoute, on ne peut que désirer se procurer ce disque, de préférence l’exemplaire dont le fourreau qui recueille le vinyle adopte le motif imprimé sur les sièges et le parasol de son visuel. «Quid du rôle de la pochette dans le désir qui guide la main de l’acquéreur?», forcément, la question ne se pose pas pour les CD. Quant au format mp3, n'en parlons pas - Pff.

Neil Young - Revolution Blues


L’intérêt de cet Lp vient de sa diversité, de quoi se faire une idée précise sur les différentes approches musicales plébiscitées par le personnage. En Face A, on débute avec  Walk on - Chanson sautillante et enjouée, See the sky about to rain - Chant sépia, piano électrique et pedal steel pour souffle country, Revolution blues - Rock stonien comportant un superbe solo de guitare, For the turnstiles - Plus intimiste avec deux guitares acoustiques, parfois jouées slidly, un banjo, un harmonica et un chant écorché au service du blues, et enfin Vampire blues  - Blues rythmé façon ragtime. 
Mais le clou du spectacle est gravé sur la Face B. On l’adore ou on l’abhorre. L'interprétation est évidemment fonction de l'émotion. Soit votre thymie ne vous pose aucun problème et vous la considérez toute de délicatesse, soit vous n’attendez que la corde pour vous pendre et vous la vivez désespéré. Cette face B ne comprend que trois titres. Ils sont lents, psalmodiés sur le mode du repentir; souligné d’une guitare sidérale pour Motion picture. Une plume blanche glisse lentement sur une pièce de velours bleu. Chanson à vivre au soleil , ou sous un ciel d’acier... dans les deux cas, l'émotion est palpable

Neil Young - Hey hey, my my (into the black)


Côté voix, Neil Young est reconnaissable dès les premières notes. Pourtant canadien, la patate chaude qu’il mastique clame: «USA!». Est-ce cette brûlure qui l’emporte vers la fausseté? Pourtant, lorsqu’on entend son travail chez Crosby, Stills, Nash & Young, ces chœurs harmonisés de toute beauté, on s’explique mal ces écarts de justesse en solo. Lorsqu’il force sur ses cordes vocales, il en va tout autrement. Ainsi, sur cet enregistrement studio factice: Rust never sleeps (1979), qui relève en fait de prises de son live desquelles on a effacé les spectateurs, sur Hey hey, my my (into the black) qui clôt l’album, lorsqu’il clame haut et fort: "This is the story of Johnny Rotten... rock & roll will never die", les notes et les mots sonnent justes. Décider à défendre une cause, The Loner, surnom qu’on lui attribue en lien avec sa propension à se la jouer seul, et malgré son travail perdurant depuis des années avec le groupe Crazy Horses, trace droit dans l’obstacle! Il serait trompeur de limiter Mr Young à son plus grand succès: Harvest, et son célèbre : Old man. Le musicien présente d’autres facettes! Proclamé (mais par qui ?) "Parain du grunge", il s’associe à Pearl Jam le temps d’un album: Mirror ball (1995), où … il fait du Neil Young. «STOP !!!», encore une fois, il y a trop à écrire. Juste une dernière chose: qu’en est -il en live ?

Neil Young - Old Mann


Neil Young en concert - 06 juin 2013

Je vois Neil Young and Crazy Horse pour la première fois le 6 juin 2013 au Palais Omnisport de Bercy. L’âge n’a pas de prise sur cet homme et ses acolytes. Comme les bordeaux Grand Cru Classé, ils se bonifient avec l’âge. Assister à ce show relève de la dégustation. Le concert est un paradoxe. Un côté tempétueux parsemé de zéphyrs, un cataclysme bruyant bercé d’apaisements. Les artistes jouent à fort volume des morceaux parfois à la limite du hard rock et c’est pourtant comme la mousse du bain, la caresse du «doudou» sur la joue, la plongée dans l’inconnu associé au déjà-vu. Incroyable, stupéfiant! Orchestralement, nous avons droit à du piano bastringue, de l’harmonica, de la guitare acoustique, de la rugueuse rapière électrique, beaucoup. Côté reprises, Mr Dylan est visité avec Blowin’ in the wind. Une seule reprise? A la fin d’un morceau, nous sommes gratifiés d’une dizaine de minutes de larsen et autres vrombissements d’amplis. Une partition de basse et de batterie est adjointe. Dans la salle, des sifflets commencent à résonner qui proviennent d’incultes, de sots ignorants des choses de la musique. Ils passent à côté de la magistrale interprétation/réorchestration du morceau de la Face C du Metal machine music (1975) de Lou Reed. Neil Young reprenant du Lou Reed... Sublimissime.

Thierry Dauge

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