samedi 24 mars 2018

The Clash - London Calling

The Clash - London Calling

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The Clash - London Calling

London Calling - Audace et réussite

London Calling - L'album magistral du Clash, le disque que je place volontiers parmi les plus belles pièces de l'histoire du Rock est sorti le 14 décembre 1979 en Angleterre. A l'époque, le Clash avait largement atteint ce statut de noblesse qui le portait au rang des meilleurs groupes punk britanniques. Cet album est un coup de pied dans la fourmilière de l'enfermement des genres. Pas question de ranger Strummer et sa bande dans l'unique "prison dorée craspouilleuse" de l'enveloppe punk rock, car le Clash, a longtemps revendiqué par son attitude, cette liberté et cette ouverture d'esprit que l'on retrouvait aussi bien dans les déclarations, les textes que la musique. Sur cet appel londonien, l'urgence est toujours de rigueur, dans la rage et la force de l'interprétation, les textes sont encore une fois licencieux, violents et fortement politisés... Joe ne mâche pas ces mots.
«On faisait tout ce qu’on pouvait pour s’accrocher alors qu’on glissait de plus en plus vers le précipice. Il n’y avait personne pour nous aider ».
Si certains ont parfois bassement tenté de les faire passer pour d'incultes musiciens, ne vous y méprenez pas, le Clash était un groupe en constante évolution technique et artistique. London Calling est à ce titre, le résultat flaggrant et bouleversant de ce mouvement perpétuel. Un disque qui s'ouvre sur la giffle magistrale de London Calling, une chanson écrite par Joe Strummer et Mick Jones, chez la grand-mère de ce dernier (ça ne s'invente pas). Le texte est politiquement fort, il fustige le thatchérisme, envoie aux limbes les vestiges du passé, en parfait accord avec une unité musicale qui donne d'emblée la tonalité de l'album. La bassline reggae largement inspirée du jeu de basse de Leroy Sibbles - The Heptones - est poussée par des guitares électriques syncopées mais péchues, le tout dans un rythme haletant porté par le phrasé punk et rageur de Joe Strummer. Premières notes, premièrs glissements sur le sillon et l'intention est donnée, London Calling est une Revolution Rock!

The Clash - Revolution Rock



Ce disque étonnament prolixe aurait largement pu contrarier les afficionados de la première heure tant l'étendue de la palette musicale est large. Fini la castration musicale, place à l'ouverture vers une audacieuse fusion des genres, du rock au punk, en passant par le rockabilly, funk, reggae, pop, rhythm and blues et incartade vers le jazz, Mr Jimmy Jazz. Il faut dire également qu'il s'agit d'une période de transition pour le groupe qui vient de se séparer de son manager Bernie Rhodes et qui a dû trouver de toute urgence un local pour préparer et répéter ce nouvel album. L'endroit au dire de Strummer est plutôt glauque et l'ambiance est studieuse, si bien qu'à l'entrée en studios, l'album est réglé aux petits oignons. C'est à ce moment qu'intervient Guy Stevens, un producteur excentrique, ravagé sur les bords et pas mal entâmé par l'alcool et les drogues. Idée du groupe, semblerait-il, le gaillard est connu pour faire voler les chaises et donner des directives farfelues... Stevens malgré son humeur bipolaire est également connu pour ses qualités techniques et ses capacités à canaliser ses artistes. Sa folie décongestionne le groupe, qui retrouve sa rage originelle. Résultat, le double album est mis en boîte quelques semaines, et c'est une véritable bombe à succès.

Joe Strummer racontera plus tard :
"On a vécu trois mois dans un trou à rat de Pimlico. On était mal: on avait plus de manager! Mais on a passé nos journées à écrire et finalement, on a sorti un album tellement nickel qu'on l'a enregistré en quelque chose comme trois semaines et deux jours."

Difficile de faire l'impasse sur la mythique pochette de London Calling. Photo réalisée par Pennie Smith lors du concert 21 septembre 1979, sur la scène du Palladium de New York. On raconte qu'il y avait une certaine pression, le Palladium voit roder fréquement Bruce Springsteen, Robert De Niro ou encore Andy Warhol. Ce soir là, Paul Simonon furieux de sa prestation explose sa Fender precision sur scène... Pennie immortalise l'instant. Le graffisme de la pochette est un clin d'oeil manifeste au premier album d'Elvis Presley, sorti en mars 1956. Clin d'oeil aux racines américaines du rock, probablement... Il est également intéressant d'observer la déconstruction de l'analogie. Alors que le King semble faire corps avec son instrument, le serrant sur sa poitrine, la pochette du Clash montre Simonon en train d'exploser sa basse sur scène. Destruction, reconstruction, violence créatrice, esprit punk... une pochette magnifique qui semble servir à merveille notre imaginaire. Un album icônique qui a depuis longtemps pris sa place dans l'inconscient collectif rock.

Auguste Marshal

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