mercredi 28 mars 2018

Punkitude - Les Producteurs du DIY

Punkitude - Les Producteurs du Do It Yourself

punkitude
Punkitude

1ère partie - Le rôle des producteurs du punk - Les anglais.

1977, miroir de mai 1968, érige le Do It Yourself au rang d’idéal de vie. Les combattants musicaux s’en emparent et que tournent les presses à disques!

L’habit ne fait pas le moine, ce proverbe peut-il s’appliquer en toutes circonstances à tous sujets? De même: Sous les pavés, la plage, peut-il glisser vers: Sous les crachats les studios d’enregistrements? La légende urbaine véhicule des New York Dolls arrivant en studio guitares désaccordées, provoquant l’incompréhension de Todd Rundgren, Bob Ezrin effaçant les solos d’Ace Frehley - Kiss - pour placer ceux de son guitariste de sessions (Dick Wagner), Phil Spector kidnappant les Ramones, flingue en pogne...

Question: Quid du rôle des producteurs dans l’épopée punk? Arbitrairement, mettons cinq crachats sous la loupe - Clash - Sex Pistols - Wire - Damned - Stranglers.

Une dernière chose avant de passer aux travaux pratiques. Lorsqu’on aborde l’épineux problème du son, encore faut-il préciser la source et le moyen de lecture dont on dispose. En effet, compressé au format MP3, les finesses n’ont plus des sens. Les remarques qui suivent sont donc le fruit d’un disque vinyle première pression à chaud tournant sur une platine, tête de lecture insérée dans le sillon. Être plus précis, en citant par exemple les références du matériel, relèverait de la publicité, ce qui, dans le cadre de l’esprit punk, est un non-sens. Alors, entrons dans la danse...

The Clash - 1er album

Les débuts du Clash sont sonorisés par Micky Foote, producteur... producteur? Outre Strummer & Co, Foote ne compte qu’un Subway Sect à son actif, plus une pige sur l’album de 101’ers en 1980. Pour se rendre compte, l’acquisition d’un pressage anglais de 1977 est essentielle, les multiples rééditions ne présentant pas la même dynamique. «Brut de pomme», comme on qualifie un cidre, colle bien à la simple et directe accessibilité des chansons. La tentation tendrait à négliger le travail de console pour privilégier l’enregistrement sans overdubs. Pourtant, dans Rude boy, certes sorti trois ans après, on voit Strummer, casque sur les oreilles, s’époumoner dans un micro, artères du cou gonflées à rompre, voix dérapant dans la fausseté. Dans Conversations avec Jimmy Page - 2014 - le guitariste/producteur explique comment ralentir une bande pour obtenir de l’épaisseur ainsi que d’autres trucs et astuces susceptibles d’enlumi/manipuler le résultat final. L’écart de son entre ce 1er essai et London calling, discrètement « rock-chromé, plaide en faveur d’un Micky Foote plus ingénieur du son que producteur. Peut-être quelques retouches, un coup de fer à repasser sans plus.
Conclusion? Punk = 1, Producteur = 1/2.

The Clash - Remote Control


Sex Pistols - Never mind the bollocks

Deux bassistes pour un poste, dont un qui ne sait pas jouer, et un producteur habitué de Roxy Music et autres glam rockers: Chris Thomas. Le son de Never mind the bollocks participe activement au résultat final: monumental! Il circule des rumeurs sur des musiciens de studio... pfffffff, calomnies!
Pourtant, Jimmy Page, encore lui, musicien de studio émérite, joue de la guitare sur des albums de The Who (et de tant d’autres), rien que ça! Factuellement et indéniablement, ce disque n’est pas que le fait des quatre hommes nommés: The Sex Pistols. Sorti après ceux de la concurrence, Never mind the bollocks devait marquer le coup, d’où cet important travail de studio. Le nombre de pistes de guitares collées les unes sur les autres s’apparente aux mille feuilles. S’il n’est pas la progéniture exclusive de l’homme aux manettes, on peut dire que ce 33 relève d’une garde-robe qu’il a sélectionnée:
Punk = 1/2, Producteur = 1.

Sex Pistols - Never Mind The Bollocks


Wire - Pink Flag

En 1977, Wire, techniciens du punk, font appel à Mike Thorne, producteur punk rock, pour enregistrer leurs 21 premiers titres . Outre Pink flag, on retrouve Thorne associé au LAMF de The Hreatbreakers, au premier album de Téléphone ainsi qu’au méga hit de Soft Cell: Tainted love... enviable tableau de chasse! Pour Wire, le son est clinique. Il sent l’ozone, le coup de batte dans un quartier de viande d’une salle réfrigérée, aux abattoirs. Les Lps sus cités présentent tous un son différent. Intéressant, le producteur n’applique pas une formule, il s’adapte aux musiciens. Dans le contexte, peut-on dire que, sur Pink flag, Thorne est déterminant? J’opte d’avantage pour des musiciens déterminés. Mettre en valeur, enrubanner, certainement, mais pour les choix finaux, il y a fort à parier qu’ils relevèrent du groupe.
Punk = 1, Producteur = 1/2.

Wire - Mannequin


The Damned - Damned, Damned, Damned

Elvis Costello, The Pretenders, Dr Feelgood et Damned Damned Damned, donc. Nick Lowe n’est pas un débutant et il pratique lui-même en tant que chanteur. Le son de ce disque «ouvreur de bal», 1ère sortie du mouvement, est plus proche de celui du Clash que de ceux des Pistols ou de Wire. Il donne l’impression d’un très peu entre les instruments et le résultat final, si ce n’est sur la voix vampiresque de Vanian à l’écho spectral. Sous des abords de joyeux drillent aux plombs partiellement fondus, les garçons savent travailler leurs instruments respectifs. Nick Lowe les laisser jouer sans leur greffer de protubérances, ces apparats et jeux de manches assimilables à de la poudre aux yeux. C’est que, déjà, pour lui-même, sur ses propres disques, il prône le bio, le naturel. Comme The Damned préfèrent se tartiner de crème (de mousse à raser?), il les laisse se la jouer à l’anglaise: Juste un nuage de lait avec notre thé, une once de crasse pour notre bébé ! Punk =1, Producteur = 1/2.

The Damned - Born to Kill


The Stranglers - Rattus Norvegicus 

Dernier objet d’étude, The Stranglers avec: Rattus Norvegicus, ce diamant de «IV» carats. Le producteur Martin Rushent le pare d’un son cinq étoiles. Comme les chansons ne valent pas moins, nous naviguons dans le domaine de l’incontournable. Examinons une partie du CV de Rushent, en qualité d’ingénieur du son ou de producteur: T Rex, Fleetwood Mac, Buzzcocks, Generation X, 999, The Human League Téléphone (Crache ton venin). Ce garçon connait autant son affaire que Burnel & Co la leur. Maquillage et moustache en façade sont les seuls artifices contenus dans cette galette: du pur jus de pur … rock à l’esprit punk. A mon sens, sur les cinq vinyles, il s’agit de celui dont on peut dire: Un partout, la musique au centre.

The Stranglers  - Peaches


Alors, quid du total, on additionne?  -  Punk = 4 ½, Producteurs = 3 ½.
La conclusion de la 1ère partie de cette savante analyse montre donc que, lors du mouvement punk, pour ce qui concerne l’Angleterre et l’année clé: 1977, la volonté des musiciens l’emporte sur celle des maisons de disques. Ces dernières, éternellement enclines à proposer un produit fini commercialement juteux, ont cédé au bordel orchestré de ces jeunes gens fougueux. Le public a suivi. Quand même, à l’apogée du Do It Yourself, il aurait été intéressant d’entendre comment ces musiciens affamés se seraient autoproduits et, ainsi, pouvoir comparer avec ces récipiendaires de l’ile déserte qui trônent désormais et à jamais dans nos discothèques. Au fait, nous discourons ici de la grise Albion mais ailleurs … 2ème partie à suivre: Punk et son Monde.

Thierry Dauge

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