jeudi 15 février 2018

Hair Metal

Hair Metal -  Mötley Crüe, TNT, et les autres

Hair Metal
Hair Metal

« Hair Metal » pour « air musique » ? La réponse en deux exemples …

Au dos de la pochette, ce sont les New York Dolls version cuir… version queer? Il ne faut pas se fier au visuel du back-cover, ces « fillettes » made in US incitent à l’action musclée. Le maquillage, la mise en plis, les talons aiguilles et la moue provocante, sur Too fast for love (1981): Mötley Crüe peaufine une image racoleuse. Cet appel au sexe fonctionne à merveille car si quelque chose fait tourner le monde, c’est bien de cela dont il s’agit: débrider sa sexualité. Côté musical, le propos est plus «poilu». Des chansons adolescentes taguent le Kama Sutra sur les murs de la ville. En guise de peinture, les garçons tripotent des armes lourdes et des objets tranchants. The dirt, autobiographie du groupe, dresse l’exact portrait des loupiots, de sales gosses en vérité. L’album compte dix titres dont au moins sept déforment la membrane des haut-parleurs. Somme toute, leur juvénile-rock-métallique ne «révolution-ne» qu’en tournant sur les platines mais, de Live wire à On with the show, le breuvage relève quand même d’un certain Crüe. Pour le moins, ces pétroleuses possèdent de sacrées cuisses, amples en oreilles et capables d’âpres grand-écarts. Une fois tirées, on ne peut que les boire.

Mötley Crüe : Live Wire


Emergeant du néant grâce à Too fast for love, le groupe rejoint en même temps la bande des « ¨ », des « trémas », sis en « ö » et en « ü » dans leur logo. Cette secte compte dans ses rangs des pointures du calibre de Blue öyster cult, Motörhead ou encore Queensrÿche. Enigmatique? Vendeur? Usité, voire ringard? Surenchère, assurément. De fait, nos voyous proposent quatre de ces petits points où les trois autres en revendiquent deux. En français, depuis la réforme de l’orthographe de 1990, il est convenu de prononcer séparément la lettre placée sous le tréma. Ainsi, sous notre langue, Mötley crüe devient «M-ö-tley Cr-ü-e». En centrant sur les deux voyelles: « öü », nous obtenions graphiquement, et avec un peu d’imagination, une rivière de perles au-dessus d’une poitrine féminine. Le propos s’oriente salace! L’entre-jambe, sur la pochette annonce la couleur. Le harangueur, au micro, confirme. Le coté efféminé, c’est pour rassurer, rameuter les copines: «Terrrrible ton gloss !», «Chouette ta couleur !», «Mmmmmmm, ce petit haut assorti aux bottes… !». Et la musique dans tout ça? La bonne fréquence au bon endroit, l’over-drive réglé aux poils, elle vise sous la ceinture. Elle translate des enceintes pour masturber votre cerveau droit, centre du plaisir. A bord de chacune des chansons vous naviguez vers ce fleuve voulu par Nikki Sixx, bassiste et entrepreneur du combo, celui des Enfer: le Styx. A deux doigts de la noyade, vous adressez au ténébreux «héro-ïnomane» (deux ou trois OD à son actif) une ultime prière: Take me to the top. Alors, il tient la preuve que son disque vous a trouvé. En conclusion, si l’on considère que le Hair Metal a connu son summum dans les 80’s, on peut dire que Mötley Crüe, avec cet album, a ouvert le bal.

Mötley Crüe : Take me to the Top


Qu’en est-il en Europe ? Des chansons du calibre de 10 000 lovers (in one) ou Tell no tales valent bien un Smell like teen spirit. Permanentes et teintures contre cheveux raides et nature? Spandex à paillettes contre à carreaux les liquettes? On ne peut être bon que bucheron, on en a cure de la manucure? Revendiquons la possibilité de traces de gloss sur les tronçonneuses ou d’Exocets eye liner-isés. «Pardon? Des Tarlouzes, des Tapettes faces à des Homme »? Ok, je vois où l’on situe le débat.

Pour ce qui concerne les solos mitraillettes, les descentes ou envolées de gammes travaillées au hachoir, Ronni Le Tekro, première gâchette chez TNT, présente un jeu de guitare assez comparable à celui de Nuno Bettencourt, le prodige-virtuose d’Extreme. Il foisonne ses graves et ses aigües en tirant sur les cordes comme d’autres sur les pianistes. Tony Harnell, quant à lui, hurleur suraiguë de première catégorie, envoie ou susurre les couleurs du printemps sur un mode hivernal. Cette polyvalence harmonise à merveille les mélodies «FM-isées» du combo. En matière de chansons, si Tell no tales navigue entre Queen et Dokken, autre combo «hairysé», il reste une production typique du groupe par la double signature de son guitariste et de son chanteur. Pour en être convaincu, il n’y a qu’à se rendre sur Intuition (1989) ou Transistor (1999), leurs Lps suivant. Ces garçons, qu’on les aime ou pas, possèdent un grain musical identifiable instantanément et ce malgré les dix années qui séparent ces deux Lps. Gage de qualité? Je ne sais pas. Dans la catégorie : «Ce sont-eux !», on compte quand même quelques pointures dont AC/DC, Status Quo, Queen ou Led Zeppelin; des références à méditer.

TNT : 10,000 Lovers


Tell no tales contient trois petites pièces musicales qui peuvent laisser perplexe. Ils sont assez nombreux ces guitaristes amoureux de leur pratique qui raturent quelques partitions sur le mode de l’écriture automatique. Sapphire, Smooth syncopation et  Incipits sont-elles qualifiables de «psycho-musique»? Il reste qu’elles font de jolies dentelles/introductions aux chansons qui les suivent. En tous cas, d’une durée totale de 30’42’’, Tell no tales n’en souffre pas. Nous ne sommes pas dans le cas de ces albums de plus d’une heure où la masturbation du manche incite au giclement de cervelle. Une question subsiste: TNT, en tant que patronyme, signifie-t-il Tell no tales ou se rapporte-t-il à l’explosif du même nom?

A ce point de l’enquête, pouvons-nous d’ors et déjà tirer une conclusion? Suite aux deux exemples pré-détaillés, constatation: nous nous rapprochons d’avantage du «feu» que de l’«air». Peut-on généraliser? Citons d’autres noms, sans idée de classement ou de chronologie, juste pour différencier un peu plus la lave du vent: Skid Row, Warrant, Lillian Axe, LA Guns, Bang Tango. Extrayons n’importe quelle chanson, balades exceptées, des albums suivant: Skid Row, Cherry Pie, Psychoschizophrenia, Hollywood vampires ou Love after death, et touillons. Qu’obtient-on? Un cratère, un volcan, point de néant. Du coup, osons une conclusion: Hair pour les cheveux, Metal pour la musique, Sueur pour les deux. Des souillons, oui, des bâillements, non. D’ailleurs, aux USA, ces albums sont ceux qui se vendirent le plus (par millions!), sur la période où ils sévirent. Ce n’est pas un critère de qualité? Non mais tout autant qu’une connection GPS pour trouver son chemin. S’il y a parfois des ratés, ils ne font pas la majorité.

Thierry Dauge











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