mercredi 13 décembre 2017

Alice In Chains - Dirt

Alice In Chains - Dirt - Un fleuve de désespoir.

Alice in Chains
Alice in Chains

Dirt - Un fleuve de désespoir

Entrée dans le genre par Nirvana et son Smell like teen spirit, quelques afficionados de heavy se rapprochent très vite des groupes de grunge qui s’apparentent d’avantage au hard rock. Soundgarden avec Badmotorfinger est de ceux-là. Dans ce disque, le morceau Slaves and bulldozers fracasse l’auditeur. Il empeste le sombre. D’une pesanteur de plomb et d’une sinistre noirceur, il est déchire-hurlé par le sieur Cornell, telle une invective au monde entier. Contaminé par cet élixir venimeux, le converti en veut plus.

Dirt - 1992 - d’Alice in Chains, l’emporte par-delà des gouffres insondables bien plus loin encore dans le trip. Cet album pilonne l’intégralité de ses contemporains, du hard rock au Doom Metal.

Alice in Chains :  Angry Chair


Se laisser guider vers ce disque par le visuel de sa pochette est compréhensible. Elle rend son contenu violemment désirable. Sur la back-cover figure un soleil stylisé rappelant l’écriture symbolique des civilisations Aztèque ou incas, dessin idéal pour une inscription à l’encre noire sur la peau. Ainsi, on peut devoir son premier tatouage à l’incandescence du groupe.
Autour de 1992, je passe mon temps libre avec un poteau d’excursions. Nous écumons les bars à bières: le Falstaff à Montparnasse ou la Taverne St Germain chez les germanopratins. Médusés par le peu d’intérêt que nous suscitons auprès de la gent féminine, nous espérons enrôler dans ces lieux enfumés quelques compagnes de radeau. Notre score en la matière est pitoyable. Par chance, je noie de phéromones musicales mon désir de sexe, parvenant par ce biais à en apaiser l’ardeur. Dirt participe activement au combat.

Alice in Chains : Dam Tam the River


Passées les deux déflagrations qui ouvrent l’album, les titres sont d’une lourdeur mercurielle. Ils adoptent un tempo ralenti des plus poisseux. Le son de la guitare correspond à «des» guitares. Il s’agit d’un millefeuille de distorsion, un empilage de partitions épais comme un gruau de blé, une avoinée. Des éclairs d’ongles goudronnés vous griffent les tympans tout en conservant un monstrueux fond mélodieux. Si le procédé n’est pas nouveau, la voix est unique. Elle façonne Dirt. Elle psalmodie sous influence chimique des incantations cauchemardesques, une voix de fin du monde. Les moments les plus glauques évoquent un 45 tours joué en 33 tours, les cris de douleur d’un homme écorché. Layne Staley entonne ces chants funestes, incantatoires et hantés, ces litanies glacées de réverbération. Tous les malheurs de la terre sont concentrés dans sa voix. Il pleure des larmes d’agonie qui noient les chansons. Parfois, quelques chœurs de type grégoriens en renforcent le coté biblique ou malsain. Le chanteur présente pourtant un sens de la mélodie exemplaire ou l’art majeur de manier les notes mineures. Et cela dure tout au long des deux faces, six titres chacune. Même sur le vinyle, on a conservé la durée du CD. Chose rare, malgré la nécessité d’augmenter le volume d’un ou deux points, le son de la cire égale en puissance celui du plastique. Une production chromée, claire et nette, un modèle de précision.

Mon 33 tours est made in Korea, manufacturé par Séoul Record et référencé n°22 au ministère local de la culture. Dans ce charmant pays, la musique c’est du sérieux, grunge compris. Il subsiste quand même un léger désagrément imputable à l’Asie. Outre un insert en langue locale, très joli à regarder mais incompréhensible, des chuintements made in zone mondiale au climat humide se font entendre.


Thierry Dauge

Dirt, deuxième album d'Alice in Chains sorti en 1992 a été classé a été classé par le magazine Rolling Stone comme le troisième meilleur album de grunge de tous les temps et cinquième meilleur album de la décennie dans le classement publié par le magazine britannique Close-Up. cinq singles classés au top 30 Would?, Rooster, Them Bones, Angry Chair, et Down in a Hole. Layne Staley y entonne ces chants funestes, incantatoires et hantés, ces litanies glacées de réverbération. Tous les malheurs de la terre sont concentrés dans sa voix. Il pleure des larmes d’agonie qui noient les chansons... et c'est Thierry Dauge qui nous en fait l'éloge aujourd'hui!

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