vendredi 17 novembre 2017

SEX PITOLS - No Future? Part two

SEX PITOLS - No Future? Part two

Sex Pistols
Sex Pistols

Les Sex Pistols : histoire et légende - Part two

Début janvier 77, un autre scandale éclate. Alors qu'il s'apprête à partir aux Pays-Bas pour quelques dates, le groupe saccage le hall de l'aéroport d'Heathrow, insulte des passagers et vomit dans des pots de fleurs. Les journaux à scandale s'en donnent à cœur joie, ils ont même le témoignage de diverses personnes qui racontent, sous anonymat afin d'éviter les représailles, ce qui s'est réellement passé. Sauf que ce jour-là, les Pistols sont très en retard et EMI envoie un chauffeur les récupérer à l'appartement qu'ils se partagent au six Denmark Street. Ils sont accompagnés d'un responsable de la maison de disque qui a prévenu l'aéroport. Ils ne passent pas l'enregistrement des bagages, ne mettent pas les pieds dans le hall, la voiture les amène directement sur le tarmac afin qu'ils embarquent tandis que l'avion les attend. Tout ce que relatent les journaux est donc faux, il n'y a jamais eu de problème à Heathrow, mais cette mauvaise publicité, ajoutée au scandale chez Grundy, à l'échec de la tournée de Décembre et au fait que le disque ne se vend pas pousse EMI à rompre son contrat. 

McLaren récupère légalement un chèque de £30,000 qui lui est dû par contrat. Le même mois, Glen Matlock se fait virer, il est remplacé par un ami d'enfance de John «Rotten» Lydon, un certain Sid Vicious. Celui-ci a déjà joué dans deux groupes, Flowers Of Romance et Siouxsie & The Banshees. Jouer, si l'on peut dire car il n'est pas musicien. Disons qu'il a bricolé avec le premier groupe et frappé fort sur une batterie lors du festival punk au 100 Club avec le second. Cela ne va pas l'empêcher d'apprendre les rudiments de la basse et de bien s'en tirer contrairement à la légende qui veut qu'il n'ait jamais jouer ni en studio, ni en concert avec le groupe. 
Début Mars, signature avec A&M qui rompt son contrat au bout de 15 jours. Les employés de l'usine CBS qui fabrique le nouveau 45 tours, God Save The Queen ont écouté les paroles et menacent de se mettre en grève si le disque sort. De plus, le présentateur TV Bob Harris se fait embrouiller par Sid Vicious et Jah Wobble (futur bassiste de PiL) dans une boîte de nuit. A&M ne veut pas d'ennui et se sépare des Pistols. McLaren récupère un nouveau chèque qui lui est dû par contrat et le groupe se retrouve à nouveau sans maison de disque, tandis que leurs concurrents ont déjà sorti un album ou au moins une poignée de singles. Alors quid de tout cet argent? 
Les sommes remises par EMI et A&M dépasseraient les £100,000 et Glitterbest occupe toujours de petits bureaux minables non loin de la boutique Sex. Il se raconte qu'il s'est peu à peu volatilisé, dépensé en grande partie dans le projet de film avec Russ Meyer que Temple terminera en 1979.
sex_pistols
Sex Pistols

Interdits de concert en Angleterre, les Pistols partent quelques jours à Berlin pour se détacher de la mauvaise ambiance locale. Là-bas, Rotten est impressionné par la séparation du pays, le mur et l'univers fermé qui se trouve derrière. Cela lui inspire une des dernières chansons du répertoire, Holidays In The Sun, dans laquelle le bloc communiste est comparé au camp nazi Bergen Belsen, libéré par l'armée anglaise en 1944.

De retour à Londres, les choses n'ont pas changé. McLaren a tout le mal du monde à trouver une nouvelle maison de disques. Toutes les majors ont leurs groupes et ne veulent prendre aucun risque avec les Pistols. Polydor qui avait payé des heures de studio en 1976, pensant les récupérer, claque la porte au nez du manager à qui il ne reste plus qu'une seule option, Virgin Records. Il ne veut pas, ce tout petit label est d'après lui géré par une bande de hippies et son groupe n'a rien à faire avec. Sauf qu'il n'a pas trop le choix et le contrat avec Virgin est signé en Mai. Suivent la sortie du single God Save The Queen et un concert sur la Tamise organisé par Richard Branson, le boss du label. L’événement se termine mal, la police intervient, des personnes sont arrêtées, dont McLaren, sa femme et quelques fans.

Toujours interdits de tout, le groupe menace de se séparer si les choses ne changent pas. Tandis qu'il s'apprête à s'envoler pour les USA afin d'y rencontrer Russ Meyer pour son film, McLaren demande à sa secrétaire d'organiser une tournée en Scandinavie afin que ses poulains se détendent. La tournée est mise en place rapidement et débute mi-juillet au Danemark.
En Août, toujours dans l'impossibilité de jouer officiellement dans leur pays, les Pistols vont toutefois réussir à y faire quelques concerts sous des noms d'emprunt. Le but étant de lâcher l'info au dernier moment, par le biais des radios, par exemple.

spots
SPOTS (Sex Pistols On Tour Secretly)
La tournée SPOTS (Sex Pistols On Tour Secretly) comprend 5 dates, ils jouent tour à tour sous le nom de Spots, Hamsters, Tax Exiles et à chaque fois, au dernier moment, les gens apprennent qu'il s'agit des Pistols, les salles se remplissent et finalement, tout se passe bien, comme en témoigne la vidéo du concert de Penzance du 1er Septembre.

The Spots : Winter Gardens, Penzance. 01 septembre1977



L'album Never Mind The Bollocks Here's The Sex Pistols sort finalement en Octobre, non sans incident puisque le mot Bollocks (couilles) dérange et l'affaire sera jugée par un tribunal qui conclura qu'il s'agit d'un mot équivalent à «Non-sense» (absurdité, idioties, etc). Fin 77, les Pistols partent en tournée en Hollande puis reviennent jouer en Angleterre, tout à fait légalement cette fois, les choses s'étant arrangée du fait du jugement du tribunal dans l'affaire Bollocks et de l'absence de scandale. Pour Noël, le groupe joue à Huddersfield, en soutien aux pompiers en grève. L'après-midi, un premier concert est donné gratuitement pour leurs enfants. Gâteaux, disques, T-shirts, badges... sont offerts et le groupe passe un moment fantastique d'après le témoignage de Rotten lui-même.

Sex Pistols : Bodies



La tournée US débute le 5 Janvier 1978 à Atlanta. Elle aurait dû commencer plus tôt, des dates étaient prévues à partir du 29 décembre dans des villes du nord, dont Chicago et Cleveland, mais pour des problèmes de visas délivrés en retard, ces concerts sont annulés. La tournée est une catastrophe, les tensions se font sentir, Rotten ne parle plus à personne ou presque, Cook et Jones voyagent à part et Sid Vicious, loin de sa copine Nancy restée en Angleterre et en manque d'héroïne, devient fou peu à peu. A Memphis, il se mutile au couteau et finit avec une vilaine blessure au bras, à San Antonio, il frappe un spectateur avec sa basse et à Dallas, c'est lui qui reçoit une bouteille au visage, ce qui lui vaut de finir le concert avec le nez en sang. Le concert de San Francisco est la goutte d'eau qui fait déborder le vase, la sono est mauvaise, Rotten ne s'entend pas et se plaint des retours, la salle est trop grande, l’événement démesuré par rapport à ce que les Pistols ont l'habitude de faire. McLaren a organisé un séjour à Rio avec Cook et Jones pour les besoins du film Who Killed Bambi? qui changera de titre un peu plus tard. Les deux Pistols doivent y rencontrer l'ancien gangster Ronald Biggs, un des auteurs de l'attaque du train postal Glasgow Londres. Biggs vit en exil, il ne peut pas sortir du pays, du coup ce sont les deux autres qui viennent à lui pour enregistrer deux chansons et une vidéo. Vicious et Rotten ne sont pas au courant et l'apprennent le lendemain du concert au Winterland. Rotten veut des explications qu'il n'obtient pas et claque la porte.
sex_pistols
Sex Pistols
Fini pour lui, s'en est trop, les Pistols sont du passé, il rentre en Angleterre et va former Public Image Limited (PiL) quelques mois plus tard. Sid Vicious quant à lui fait une overdose d'alcool et de médicaments dans l'avion qui le ramène au pays, il se fait soigner à New York avant de retrouver Nancy à Londres. McLaren n'a pas prévu le départ de Rotten puisqu'une tournée européenne est déjà sur pied. Elle doit débuter juste après Rio, le 18 Janvier, à Helsinki pour se terminer en Février aux Abattoirs de La Villette. Mais voilà, Rotten est parti, Sid Vicious est camé jusqu'à la moelle, et Cook et Jones ne veulent plus se prendre la tête. Pour eux, c'est Sex Drugs & Rock'n'Roll, rien d'autre. Ils acceptent des rôles dans le film de leur manager et composent pour de nouveaux singles. Les deux titres avec Biggs sont très mal accueillis par la presse (il faut dire que les paroles sont assez débiles, il y est question de nazis en fuite en Amérique du Sud, de juifs qu'on tue dans les camps de concentration etc). 

Sid Vicious a également un rôle. On le voit, totalement défoncé, se promener à Paris avec un t-shirt à croix gammée et chanter My Way au théâtre de l'empire qui passe pour l'Olympia pour les besoins du film. A 21 ans, Vicious est en fin de course, malheureusement. Après son séjour parisien, il retourne à Londres, fait un concert à l'Electric Ballroom au mois d'Août avec ses copains, Glen Matlock (pas rancunier) et Steve New des Rich Kids et Rat Scabies des Damned. En Septembre, il s'envole avec Nancy pour New York et ne remettra plus les pieds en Angleterre. Après une série de concerts au Max's Kansas City accompagné de Jerry Nolan, Steve Dior, Arthur Kane, Mick Jones ou Chris Spedding selon les soirs, il est prévu qu'il joue à Boston. Nancy le manage, s'occupe de lui fournir l'héroïne et tous les deux vivent de plus en plus comme de minables junkies, occupant une chambre à l'hôtel Chelsea, fréquentée par des artistes, des drogués et des dealers. Leur vie ne tourne qu'autours de l'héro, Nancy ferait même des passes pour en acheter, d'après certaines rumeurs. Le 12 octobre, Elle est retrouvée morte par Sid Vicious dans la salle de bain de leur chambre. Elle a été tuée avec le couteau de Sid. Lui ne se souvient de rien. Il est arrêté et incarcéré avant d'être libéré sous caution par McLaren. Le 2 février, après une fête pour célébrer sa sortie, il est retrouvé mort d'une overdose d'héroïne que sa mère lui a procuré. Personne ne sait qui a tué Nancy Spungen. Certains locataires du Chelsea Hotel affirment avoir vu le couple et un homme entrer dans leur chambre, la veille au soir. Des soupçons se tournent vers des dealers, mais l'affaire est assez vite classée.
La grande escroquerie du RockNRoll
La grande escroquerie du Rock'n'Roll

McLaren modifie le scénario du film, tourne des scènes supplémentaires avec Julian Temple, et change le titre qui devient La Grande Escroquerie Du Rock N'Roll. Une fable toute à sa gloire dans laquelle ce qui est faux doit paraître vrai, selon les dires de Temple. Une histoire en dix leçons que beaucoup vont prendre pour argent comptant et qui explique comment créer un groupe avec des gens qui ne savent pas jouer, escroquer les maisons de disques, susciter le manque en empêchant les concerts et les sorties de disques, etc... Une histoire que McLaren finit par croire dur comme fer, et qu'il n'aura aucun mal à faire avaler à une partie des médias et du public. Temple témoigne à ce sujet dans la nouvelle version de l'histoire intérieure, le livre de Fred et Judy Vermorel. Après avoir perdu tous les droits sur le groupe, McLaren s'occupe de Bow Wow Wow puis sort quelques disques en solo, sans grand succès. Il décède en 2010 d'un cancer des poumons.

En 1996, les Sex Pistols se reforment pour l'argent et ne s'en cachent pas, suscitant la colère de certains esprits chagrins ultra-conservateurs. Une tournée mondiale a lieu, elle passe par Paris le 4 Juillet. En parallèle, Steve Jones forme les excellents Neurotic Outsiders avec des potes de Los Angeles. Plus rien jusqu'en 2002 où le groupe refait surface pour deux concerts, un à Londres et un en Californie. L'année suivante, il joue aux USA uniquement, puis en 2007, essentiellement en Angleterre, et enfin en 2008, nouvelle tournée mondiale avec une date en France, à Bobital le 6 Juillet.

Il semble aujourd'hui certain que ce soit bel et bien terminé. Lydon a PiL, Jones fait de la radio à Los Angeles, Cook a reformé les Professionals et Matlock tourne en solo. No future?


Fernand NAUDIN

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire