vendredi 10 novembre 2017

MGMT - Oracular spectacular - 2007

MGMT - Oracular spectacular - 2007

MGMT
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L’Oracle Glam spectaculaire

Tout commence par un bruissement curieux. L’oreille hésite entre la course d’un paisible ruisseau, le feulement d’un extra-terrestre en hypersialorrhée ou le gargouillis liquide d’une fin de course au fond d’un trou d’évacuation. Puis survient le synthétiseur. Il sautille sur quelques notes, tricote une ritournelle enfantine à destination des plus grands. Affublé de cette affreuse (avis très personnel) pochette adolescente et d’une introduction infantilisante, la cible de ce disque reste floue. Pourtant, il semble avoir touché toutes les générations. Le public goûte à la libre source numérique puis achète dans ses oripeaux originaux les enregistrements dont l’effet gustatif excite ses papilles. De ce point de vue, Oracular spectacular a charmé tous les palais! 

MGMT : Time to pretend


Plus globalement, à quel genre musical sommes-nous confronté? La réponse n’invite pas à la simplicité tant la partition s’étend vers différents courants. Avec certitude, c’est de la Pop-Music. Mélodiquement parlant, loin du copier-coller, le groupe joue du fer à souder. Avec le nombre d’idées contenues dans un seul de ses titres, d’autres auraient sorti un album entier. Andrew Van Wyngarden et Ben Goldwasser, les deux maîtres artificiers aux commandes du combo, nous gratifient d’une œuvre assimilable à celle de grands peintres tels Seurat ou Pissaro, adeptes du pointillisme. Cuisiné à la sauce contemporaine, des notes remplaçant les pigments, épaulées par des "coches" dans une grille informatisée, l’assemblage musical est spectaculaire. Toutes les chansons diffèrent autant que les différentes parties d’une seule et même chanson: le bouquet final d’un feu d’artifices sur toutes les plages.

Même si les influences transpirent: Bowie, Stones, Dylan, le post punk, elles s’intègrent à leur siècle par les sonorités utilisées tout en invitant l’auditeur à une recherche archéologique: «J’ai déjà entendu ça mais à propos de quand? Du disco? Du glam, du psyché! 2007? Pour le CD impie: oui, pour le vinyle c’est 2008». Ainsi, le dernier titre de la première face: Kids, scellerait-il l’avis du night cluber (contre celui du mélomane), fêtard universel pour qui MGMT serait du disco et le resterait pour les siècles à venir. 

MGMT : The Youth


Je me souviens fort bien du jour où j’acquière Oracular Spectacular (mon Dieu, quel titre!). Défunt Virgin Mégastore des Champs Elysées, du soleil filtrant par les grandes baies vitrées, avant que tout un mur soit consacré aux vinyles. J’achète en même temps une réédition du Dummy de Portishead, avec son Glory box . Ce faisant, je pense garnir ma discothèque de «Dance music». La bonne blague! Ni l’un, ni l’autre ne tire dans cette catégorie. De quel terreau bourbeux ai-je bien pu extraire une idée pareille? Je ne m’attarde pas plus que ça à la résolution de ce mystère car mon erreur me ravi. Peut-être que, sans cet a priori, je n’aurais même pas pris la peine de les regarder, ancré dans mon rock à tendance heavy. Sur tous les forums où je me rends pour voir, curieux de l’avis des autres sur ce premier MGMT, on manie positivement le superlatif. Ainsi, je ne suis pas le seul à en penser du bien, que du bien. La hype y fait pour beaucoup mais elle n’est pas tout. La hype? Un mouroir. Elevées au rang de Must, combien de choses acquises sous sa férule puis remisées dans un recoin de nulle part car sans réel intérêt? Oracular spectacular  vit encore, bien après que l’engouement factice à son sujet se soit éteint. La preuve? 2017 et certains de ses titres naviguent toujours sur des ondes fonctionnant sur l’instant, amnésiques à ce qu’elles matraquaient la veille. Si, pour les albums suivant, MGMT (My Great Music Time?) sort du cadre, pour ce premier essai il réussit un coup de maître. 

MGMT : 4th Dimensional Transition


En vrai, premier et unique contact à ce jour: le 7/10/2010, au Bataclan. Nous venons à trois, sommes installés au balcon et c’est une fournaise! Aucun souvenir sur la température régnant à l’extérieur de la salle. Par contre, dans la salle, pour un mois d’octobre... Le groupe promeut son dernier Lp: Congratulations. La musique est psychédélique. Le chanteur/guitariste présente des traits autistiques, ce qui nuit un peu aux échanges avec le public mais l’ambiance est bon enfant. Je suis étonné de voir qu’il y a autant de parties de guitares dans la musique du groupe. Je tablais d’avantage sur une déferlante de synthétiseurs. Tant mieux. Pour le reste, nous avons passé un agréable moment sans qu’aucun, en particulier, ne relève du mémorable. Les voir à nouveau? Je ne pense pas. Pas assez vivant à mon goût. A moins que...

MGMT : Kids


En cette amorce d’hiver 2017, je ne peux faire abstraction de l’actualité passée, même si le Bataclan a rouvert il y a quelques temps déjà. Y retournerais-je un jour? Pourrais-je à nouveau prendre du plaisir à suivre un concert au contact des vibrations émises par les murs de la salle, qu’ils aient été retendus de velours ou pas? Pas pour le moment, pas pour le moment...

Thierry Dauge

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