samedi 14 octobre 2017

Malcolm McLaren

Malcolm McLaren, le « mis-manager »


Malcom McLaren
Malcom McLaren

Retour aux origines:


Malcolm McLaren est né en Angleterre le 22 janvier 1946 de père écossais et de mère juive. Après la séparation de ses parents, sa mère se remarie à un juif négociant en textile. Elle va peu à peu créer des vêtements et cela va avoir énormément d'impact sur lui. Après une enfance passée dans les chiffons maternels, il s'inscrit aux beaux arts et très rapidement attiré par le situationnisme. Il se rapproche également des manifestants de Mai 1968 et fait la connaissance de Jamie Reid, un autre étudiant inspiré par le situationnisme qui jouera, plus tard, un rôle important sur l'esthétique punk en créant les flyers, posters et pochettes de disques des Sex Pistols. En 1970, McLaren loue l'arrière boutique d'un commerce automobile avec un ami. Il y répare des radios et des Teppaz qu'il revend aux rockers du coin. Sa petite entreprise située au 430 Kings Road, dans le quartier de Chelsea, va bientôt connaître un nouvel essor. Il achète le commerce pour y vendre ses radios fifties mais aussi, et c'est nouveau, des vêtements pour Teddy Boys, avec l'aide de sa nouvelle compagne, Vivienne Westwood. La boutique s'appelle Let It Rock et attire bientôt les "Teds" et des curieux dont deux gamins de Shepherd's Bush, Steve Jones et Paul Cook qui viennent de monter leur groupe. 

Malcom McLaren
Malcom McLaren et Vivienne Westwood

C'est au début de ces années 70 qu'il commence à créer ses propres vêtements avec Vivienne Westwood, aidé en cela par des amis dont Jamie Reid et Bernard Rhodes, futur manager de Clash. Parmi les créations, on trouve un t-shirt sur lequel est inscrit ROCK avec des os de poulet attachés par des chaînes, et un autre sur lequel est listé ce qui est bien et ce qui est mal (on trouve parmi les choses mal le nom de Mick Jagger et parmi ce qui est bien celui d'Eddie Cochran). Après quelques temps, le magasin change de nom, devenant Too Young To Die, Too Fast To Live, un peu plus subversif que Let It Rock, d'après le couple McLaren-Westwood. Peu à peu, ils délaissent le look Teddy Boy et s'orientent plus vers des vêtements faits maison. McLaren fait quelques aller-retour à New York tandis que Westwood tient la boutique avec Rhodes. Aux USA, il fait la connaissance des New York Dolls et de la faune du Max's Kansas City. Il essaie de vendre quelques t-shirts, en vain.
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Retour à Londres où la boutique ne vend toujours pas grand chose. Personne n'achète les t-shirts et les quelques vêtements pour Teddy Boys qui lui restent sont parfois volés. Les deux gamins de Shepherd's Bush deviennent des visiteurs réguliers, mais sans un sou en poche, ils ne viennent que pour discuter, parler de leur groupe et parfois partir avec quelques bricoles sans les payer. Nous sommes en 1973, Glen Matlock, vendeur occasionnel chez McLaren intègre le groupe de Cook & Jones. Peu à peu, les Sex Pistols prennent forme, mais leur futur manager ne s'y intéresse pas du tout, malgré les demandes insistantes de Jones pour s'occuper du groupe.

Nouveau séjour aux States. New York, le Max's Kansas City et les Dolls. Les Dolls sur le déclin, fatigués, que McLaren va reprendre en main. Dans une interview accordée à un magazine français en 1977, Johnny Thunders affirme que le groupe en avaient assez de s'habiller en femmes et cherchaient des idées. En discutant avec leur nouveau manager, l'idée est née de s'habiller en rouge et de véhiculer une image communiste. La provoc', encore et toujours, mais cette fois-ci les portes de certaines salles de concerts se ferment. On ne rigole pas avec le marteau et la faucille au pays de l'oncle Sam. Le groupe se sépare suite à des problèmes de came et McLaren rentre à Londres avec l'idée de s'occuper enfin du petit groupe de jeunes qui viennent le voir au magasin, les Swankers, ou The Strand c'est selon. Il a une idée pour faire décoller le groupe, y intégrer un journaliste, Nick Kent et un chanteur New Yorkais qui a déjà roulé sa bosse, genre Thunders, Richard Hell etc. Problèmes, Nick Kent se fait virer et gardera une haine féroce envers le groupe et son manager, et le chanteur américain ne viendra jamais car les musiciens veulent un jeune qui débute, un mec de Londres. Ce sera John Lydon, qui devient Johnny Rotten, rebaptisé par Steve Jones à cause de son attitude qu'il juge pénible et de sa dentition pourrie. 

New-York Dolls
New-York Dolls
La boutique ne vend toujours rien, McLaren et Westwood ont encore changé de nom, elle s'appelle Sex et propose des accessoires SM, du vinyle et du cuir en plus de la gamme de t-shirts faits maison. On y trouve maintenant celui des deux cow-boys face à face, pantalon aux chevilles et poutres apparentes, un dessin de l'artiste homo américain Jim French, celui du violeur de Cambridge, cagoule en cuir et paroles Hard Days Night des Beatles, le basketteur noir avec, là aussi, la poutre apparente (photo prise dans un magazine gay US) et bien d'autres choses encore à base de provocation, de subversion et de slogans anarchistes.

imagerie Mclaren

Nous sommes fin 1975, les Sex Pistols font leurs premières armes dans des universités, McLaren les laisse se débrouiller pour le moment, et se concentre sur le magasin et ses vêtements. La suite, on la connaît, le groupe fait parler de lui dans la presse grâce à sa première partie d'Eddie & The Hot Rods au Marquee, puis une cassette démo produite par Chris Spedding et un concert au Nashville Rooms qui se termine en bagarre. Il passe à la vitesse supérieure en déclenchant l'hystérie lors d'une interview TV chez Bill Grundy fin 1976 qui aboutira à la perte du contrat discographique avec EMI et pour d'autres raisons, celui d'A&M un mois après. McLaren s'arrache les cheveux tandis que les autres groupes signent à tours de bras. L'album sort malgré tout après de longs mois de galères, d'interdiction de jouer, de problèmes financiers, et les Sex Pistols finissent par exploser à la fin d'une tournée US qui devait commencer par le nord, dans des villes qui auraient nettement mieux accueilli le groupe que celles du sud, mais pour des raisons de visas délivrés en retard, les premières dates sont annulées, et le reste est une catastrophe que McLaren prétend avoir organisé ce qui est faux, comme l'histoire du scandale télévisé de décembre 76 et pas mal d'autres choses également.

Entre temps, la boutique a encore changé de nom, Sex est devenue Seditionaries, le succès des fringues commence à venir, les boutiques voisines telles que Boy et Acme Attractions ne se privent pas pour imiter les chemises et t-shirts de McLaren et Westwood qui vont toujours plus loin dans la provocation en vendant des vêtements sur lesquels on trouve photos de la reine avec épingle à nourrice dans la bouche, swastika fluo, crucifix inversé quand il ne s'agit pas de la photo de Karl Marx ou de Staline accolée à un aigle nazi la tête en bas. Subversif, provocant, le magasin peine pourtant à décoller et les finances ne sont pas terribles, même si McLaren exploite le filon punk jusqu'à l'overdose avec sa fable La Grande Escroquerie Du Rock N'Roll et une poignée de singles qui n'ont de Sex Pistols que le nom.

fringues mclaren
Quelques exemplaires de la boutique McLaren

En 1979 débute un procès intenté par John Lydon. McLaren le perd, et perd tous les droits qu'il avait sur le nom du groupe, le pseudo Rotten du chanteur et les disques sortis. Sans un rond, les 80's débutent difficilement et vont être une succession d'échecs. Westwood et lui se séparent, il manage et produit brièvement Bow Wow Wow qui a droit à un hit dans les charts anglais  (C30 C60 C90 Go !) mais ne fait pas grand bruit dans le paysage musical international. Entre deux albums solo qui se vendent mal, il occupe son temps libre en conférences au cours desquelles il explique comment il a monté les Sex Pistols et escroqué les maisons de disques anglaises, convaincu que tout cela est vraiment de son fait. Les Sex Pistols, le seul vrai succès qu'il ait eu finalement, car avant eux et après eux, McLaren n'a jamais eu de chance, sa vie est une succession d'échecs, de l'ouverture de sa boutique à son dernier album solo Paris, sur lequel il avait pourtant invité des parisiennes célèbres, Deneuve et Hardy, afin de le promouvoir et le vendre au mieux. Mais non, la chance n'était pas de son côté, définitivement. 

Epitaphe de Malcom Mc Laren

C'est vers la fin de sa vie que McLaren se montre lucide, s'autoproclamant le Mis-Manager lorsqu'il est question de son travail avec les Sex Pistols, un travail d'amateur à qui la chance a souri, pour une fois. Un apprenti manager tombé sur le bon groupe au bon moment, en quelque sorte. Son épitaphe résume parfaitement sa vie: 
"Mieux vaut un échec spectaculaire qu'un succès mineur".

Fernand Naudin

Macom McLaren né le 22 janvier 1946 à Stoke Newington à Londres est décédé 8 avril 2010 à Bellinzone.

L'histoire de Malcom McLaren, manager des Sex Pistols, créateur de mode punk, génie de la communication ou piètre escroc raté aux tendances mythomanes? Sur son épitaphe est gravé: "Mieux vaut un échec spectaculaire qu'un succès mineur". Fernand Naudin resitue aujourd’hui l’histoire du personnage, et nous donne son point de vue sur celui qui, vers la fin de sa vie, s’était lucidement proclamé «le Mis-Manager», lorsqu'il est question de son travail avec les Sex Pistols !

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