dimanche 15 octobre 2017

Alain Bashung - Fantaisie Militaire

Alain Bashung : Fantaisie Militaire

Alain Bashung - Fantaisie Militaire

Fantaisie Militaire est le dixième album d'Alain Bashung sorti en 1998, quatre ans après  le succès  de Chatterton. Expérience musicale mais également littéraire, jusque dans le titre de l'album, en forme d'oxymore, donnant en deux mots la tonalité décalée de l'album, et pourtant tellement porteuse de sens. C'est évidement l'art des grands poètes que de nous faire toucher le sens à travers l’insensé. Militaire comme son exigence artistique, fantaisiste comme l'était son état esprit à l'époque, moralement ébranlé, artistiquement déterminé.
Je sais plus qui tu es. Qui a commencé. Quelle est la mission. L'honneur tu l'as perdu, sur ce lit de bataille.

Si on devait isoler un seul album de sa carrière, 1 disque à porter aux nus, une pépite absolue?

Une pépite absolue... ce serait pour ma part, cet album Fantaisie Militaire. Sur ce disque, Bashung s’est entouré du groupe les Valentins, de Richard Mortier qu'il connaît à l'époque depuis quelques années, de l’excellent Rodolphe Burger, Joseph Racaille, Adrian Utley (le guitariste de Portishead), Édith Fambuena et Ian Caple, un ingénieur du son et réalisateur anglais. La plupart des textes sont co-signés par Alain Bashung et Jean Fauque avec qui il a déjà longuement travaillé. Il faut savoir que Bashung s’entourait toujours de musiciens pour mettre en musique ces textes et sur cet album sa participation est celle d’un brillant chef d’orchestre et en même temps d’un artisan bidouilleur un peu magicien sur les bords. Avec ce disque, Bashung découvre la fluidité de l’enregistrement multi-piste numérique, il utilise dans ses maquettes les différentes pistes sur un ordinateur, les coupants, les déplaçant, les mixant parfois… Tel un orfèvre, il ajuste son bijou dans un écrin d’argent, retravaillant sans cesse les compos, car il voulait absolument réaliser un disque différent des précédents, il ne voulait pas que Bashung ressemble à du Bashung, et son obstination à créer quelque chose de vraiment nouveau à été largement récompensée. L’album est exceptionnel, le succès est en plus au rendez-vous. Notons également que Bashung ainsi que Jean Fauque son co-parolier sont à cette époque au plus mal sur le plan personnel… Bashung vient de divorcer, il s’est isolé dans un appartement sombre dans l’un des points les plus chauds du quartier de Belleville à Paris. L’atmosphère est lourde et pesante, et dans cet appartement bas de plafond, les deux hommes vont opérer à la manière chirurgicale les ébauches des longs textes écrits par Jean Fauque portant parfois sur plus d'une dizaine de pages. En retirer l'essentiel, extraire la substantifique moelle, quitte à parfois mélanger certains écrits, rien ne les arrête dans ce processus créatif alchimique. Et pour en rajouter une dose, Bashung décide alors de travailler sur plusieurs textes en même temps, développant alors un processus lent et laborieux, laborieux mais étonnement efficace et innovant.


Jean Fauque:
“Il lui arrivait de déplacer un bout d’un texte vers un autre, il changeait les choses de place, ne gardait qu’une phrase pour construire autre chose autour. Il voulait placer la barre toujours un peu plus haut, son niveau d’exigence grimpait d’album en album, il avait trop peur de la redite, de la facilité.”

Alain Bashung - 2043


Tortueux l'artiste, d'autant plus qu'il va réitérer le processus pour la création musicale. Il enregistre alors toutes les voix témoins sur des maquettes accompagnées d' un simple rythme binaire et le propose à son équipe de compositeurs, il les appelle ses Bidouilleurs. Parmi eux Richard Mortier, qui fut son guitariste sur scène pendant cinq ans et Jean-Louis Piérot des Valentins, un homme qui lui est présenté et avec qui le coup de cœur artistique et humain est manifeste. Le tout est chapeauté par Jean Lamoot, ingénieur du son au caractère discret et qui à l'époque est l'un des rares en France à maîtriser ProTools. La découverte du désormais célèbre logiciel de MAO est pour Bashung une opportunité de réaliser son fantasme musical, se libérant soudainement de toutes les contraintes de l'enregistrement traditionnel, son ingénieur du son novateur lui ouvre les portes de l'expérimentation technologique. Il va enfin pouvoir triturer, déplacer, mettre en œuvre ses talents de réalisateur, orchestrant ses désirs tout en les laissant se réaliser dans les mains et oreilles de ses Bidouilleurs, compositeurs et arrangeurs de talents. Le titre Malaxe est certainement une très belle allégorie du travail accompli sur cet album.

Je n'étais qu’une ébauche au pied de la falaise
Un extrait de roche sous l'éboulis
Dans ma cité lacustre à broyer des fadaises

Malaxe, Le cœur de l'automate
Malaxe, Malaxe les omoplates
Malaxe le thorax

Autre perle incandescente un peu à part  dans la production générale, le titre Samuel Hall est le seul à ne pas découler directement de la collaboration Fauque - Bashung. Les deux auteurs, l'ex-leader de Katonoma, Rodolphe Burger et l'écrivain Olivier Cadiot se découvrent alors dans l'originalité d'un titre infiniment moderne pour son époque, ou le sarcasme et la violence verbale s'emparent d'une atmosphère sombre et dépressive, saccadée par des rythmes beat/bass oppressants. Les deux hommes se retrouveront d'ailleurs en 2017 sur l'album Good de Rodolphe Burger.

Alain Bashung - Samuel Hall


Et puis, comble d'amusement, Bashung sortira tardivement de sa malle aux trésors le texte de La nuit je mens. Telle une cerise sur le gâteau, elle deviendra la pierre angulaire de l'album Fantaisie Militaire, le succès majeur, incontournable, celui qui portera le disque aux oreilles du tout public, celui qui rendra populaire cet alambic de créativité musicale, d'où sortira cette Fantaisie Militaire, alcoolisée, éthérée et enivrante.

Une Poésie moderne, matinée d’atmosphères Rock, Trip Hop et urbaines. L’album Fantaisie Militaire, Alain Bashung.

Auguste Marshal 


« Je n'étais qu’une ébauche au pied de la falaise Un extrait de roche sous l'éboulis...» Alain Bashung en 1998 nous assène un coup derrière la tempe avec cet album ahurissant. Le sommet à mon sens, la pépite absolue, l’album de toutes les tentations musicales et littéraires. Fantaisie Militaire : une expérience musicale mais également littéraire, jusque dans le titre de l'album, en forme d'oxymore, donnant en deux mots la tonalité décalée de l'album, et pourtant tellement porteuse de sens. C'est évidement l'art des grands poètes que de nous faire toucher le sens à travers l’insensé. Militaire comme son exigence artistique, fantaisiste comme l'était son état esprit à l'époque, moralement ébranlé, artistiquement déterminé.

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