vendredi 4 août 2017

England Dreaming - Les Sex Pistols et le Punk - Jon Savage

England'S Dreaming : Les Sex Pistols et le Punk - Jon Savage

Englands dreaming
England's dreaming

England'S Dreaming par John Savage - Editions Allia

L'ouvrage de référence sur le punk est-il vraiment "Please Kill Me" de Legs McNeil?  Pas si sûr...
Jon Savage a vécu le mouvement punk côté anglais. Dès 1976 il crée son fanzine London's Outrage, puis travaille pour les magazines Sounds et Melody Maker. Proche de Malcolm McLaren, il va côtoyer les Sex Pistols et le punk anglais dans son ensemble, ce qui lui permettra, 25 ans plus tard, de sortir England's Dreaming.
Please Kill Me traite du punk US avec énormément de mépris pour les groupes anglais, un ego boursouflé et une mythomanie proche de la folie, ce qui en fait à mon sens un ouvrage terriblement ennuyeux.
England's Dreaming est bien plus fin, plus riche, et plus fiable. Savage laisse la parole à tous les protagonistes, ou presque. Lydon ne s'exprime qu'à travers les témoignages des autres membres du groupe, ennemi juré de McLaren il n'y est pas interviewé directement, ce qui est un tort. Malgré cela, l'ouvrage reste très intéressant. Il débute en Angleterre fin 60, après les Mods dont il est toutefois question au début, et présente les événements à venir à travers l'ouverture du magasin de Macolm McLaren, ses aller-retours à New York, les Dolls, le Max's Kansas City, Pere Ubu, Cleveland, les Dead Boys, le tout sur fond de vie politique et sociale.

Malcom Mc Laren
La boutique Sex de Malcom Mc Laren

Peu à peu arrivent les Sex Pistols, puis Clash, Damned, Adverts, le Roxy, le 100 Club, les concerts historiques au Lesser Free Trade Hall du 4 Juin et 20 Juillet 1976. Buzzcocks, Joy Division, The Fall, la scène de Manchester, puis retour à Londres, Siouxsie, Billy Idol, Nick Kent, le concert des Pistols sur la Tamise, les interdictions de jouer, tout est passé au peigne fin, y compris La grande escroquerie du rock n'roll et la légende selon laquelle les Sex Pistols auraient été montés de toutes pièces par le manager. Le mythe en prend un gros coup dans l'aile page 565, quand le manager lui-même avoue que tout n'était que mensonge. Page 142, on apprend que pendant que McLaren est à New York, John « Rotten » Lydon est repéré par Bernie Rhodes, futur manager de Clash, qui travaille de temps en temps à la boutique. Il est attiré par le look du «pourri», cheveux verts, t-shirt de Pink Floyd en lambeaux, customisé à l'aide de l'inscription «I Hate» (Je hais) au dessus du nom du groupe. On est en 1975, Lydon a déjà son look «punk», nul besoin de Richard Hell et de son futur manager pour cela.
Sex Pistols
Sex Pistols

Pages 182-183, il est question de la première partie d'Eddie & The Hot Rods et du petit article de Neil Spencer qui en découlera. Article qui fera descendre les deux futurs Buzzcocks, Devoto et Shelley, à Londres pour assister à deux concerts des Pistols. Ces derniers inviteront ensuite le groupe à jouer chez eux, à Manchester, la suite est connue.
journal
La «légende» de l'agression de Nick Kent par Sid Vicious est mise à mal. Le rock-critic se serait fait défigurer par le futur bassiste des Pistols lors d'un concert au 100 Club en 1976.... Page 211, on apprend que le principal agresseur n'est autre que Jah Wobble, futur bassiste de PiL, après que Sid Vicious ait mis un coup de chaîne de vélo à Kent. Pourquoi alors se focaliser sur le Vicieux? Probablement plus «vendeur» que Wobble pour une autobiographie...

On y trouve également des témoignages très intéressants sur d'autres groupes, sur les concerts, les labels, sur l'ouverture du Roxy, par exemple. Page 335, Tony James explique que tout s'est fait rapidement, Chelsea a viré Gene October, invité des journalistes à venir les voir jouer sous le nom Generation X dans ce club de prostitués qu'ils venaient de rebaptiser Roxy Club, eux et leur manager Andrew Czezowski, et c'est ainsi que le lieu a vécu, durant 100 jours, grâce aux concerts, au public, aux fanzines, à l'excitation du moment.
Le Roxy
Le Roxy

Tout est allé si vite pour tant de choses. Les groupes signaient, sortaient des disques, faisaient des concerts, splittaient, se reformaient (The Damned), il y avait un réel mouvement, sauf pour les Pistols, finalement, embourbés à chaque fois dans des histoires de censure, de rupture de contrat et de tensions internes, pendant que The Clash, par exemple, signaient et sortaient leur premier simple. Page 350, Mark P, du fanzine Sniffing Glue, exprime sa contrariété à propos de la signature de Clash chez CBS pour une avance de 100 000 livres sterling:
 «J'avais tout arrangé pour eux, un EP avec « 1977 », « White Riot » et « Career Opportunities », réalisé par eux-même, ça aurait tout cassé. C'était un vrai gâchis qu'ils se fassent signer ».
Clash
Clash

Plus loin, il est question du White Riot Tour avec The Jam, Subway Sect, Slits et Buzzcocks. Les Prefects y participent également. Vic Godard, chanteur de Subway Sect, témoigne: 
« c'était du vandalisme de bon aloi. Ils auraient applaudi n'importe quoi. N'importe qui pouvait faire n'importe quoi. Ils devenaient fous. C'est quand tout allait de travers qu'ils nous aimaient le mieux, quand les amplis ne marchaient pas ».

Ce livre de 700 pages est une mine d'informations, bien loin des clichés et des larmes des rockers US que l'on trouve dans Please Kill Me (en gros «On a tout inventé et les vilains punks anglais nous ont tout piqué»). Couvrant la période de Décembre 1971 à Mai 1979, en toute logique on y trouve donc des infos sur le proto-punk américain, le premier simple des Ramones, celui des Damned, puis, plus loin, le second album de Clash, la création de Public Image Limited, Gang Of Four, le décès de Sid Vicious, et aussi une discographie punk très riche et qui ne se limite pas aux groupes anglais puisqu'elle liste les groupes US, pas seulement les plus connus (on y trouve Weirdos, X, entre autres) et les groupes Australiens (The Saints, par exemple). 
Un des meilleurs livres sur le punk, sans aucun doute.

England'S Dreaming par John Savage - Editions Allia

Fernand NAUDIN


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