mardi 6 juin 2017

The BoomTown Rats - Lp : The fine art of surfacing

The BOOMTOWN RATS - The fine art of surfacing - 1979

The BoomTown Rats
The BoomTown Rats

Comment adhère-t-on à un groupe ou à un album? Comme pour beaucoup, par une chanson entendue à la radio ou via une musique dite d’ambiance, chez le coiffeur, dentiste, ou autre médecin…, par le bouche à oreille, une chronique dans un magazine, une soirée passée chez des amis ou ailleurs… Pour ma part, c’est une radio anglaise qui joua ce rôle:  Radio One, don’t stop music, captée sur un petit transistor pendant des vacances estivales. Cet été-là, I don’t like Monday trustait la tête des charts en concurrence avec Is she really going out with him? de Joe Jackson, My sharona de The Knack ou Don’t bring me down d’Electric Light Orchestra, du lourd en matière de pop-music.

The Boomtown Rats
The Boomtown Rats

The BOOMTOWN RATS - LP : The fine art of surfacing – 1979

L’écoute de cet album fait naitre un étrange sentiment. Sorti en pleine année punk, il en présente les stigmates. Or, le punk, même s’il fut parfois pratiqué par de très jeunes adeptes, n’a rien d’infantile. A l’image, le fil conducteur qui anime The fine art of surfacing n’a pas lieu d’être catégorisé comme tel. Aldebert, artiste français qui écrit en ce sens tout en assurant un traitement mature à ses compositions, illustre, quant à lui, parfaitement le propos. Je livre cet exemple pour affirmer que, sur sa carte d’identité, l’album des Rats est majeur. Commercialement s’il en est, la cible de l’un et de l’autre s’apparente au grand-écart. Et puis: tapons du poing sur la table! Assez de genre, de type, de toutes ces classifications qui servent les sodomies d’insectes et les querelles de clocher. The fine art of surfacing? De la pop dorée sur tranche en libre dégustation. De la naissance au trépas: à consommer chaque fois que l’occasion en est donnée. 

The BoomTown Rats : Someone's lookin at you


Le son. Voilà la véritable force de cet album. A la production: Robert John «Mutt» Lange, le bucheron canadien. En 1979, il produit également le disque qui va le propulser golden-producer : Highway to hell, d’AC/DC. Si, par la suite, il devient le chantre de la batterie marteau-pilon avec le  4  de Foreigner, voire monolithique avec Hysteria de Def Leppard, il n’en est rien pour The Boomtown Rats. Cataloguer quelqu’un pour la qualité de son travail relève de la pauvreté d’esprit. L’album d’AC/DC sort le 27 juillet1979. Le 1er single extrait de cet album: I don’t like monday, sort le 21 juillet de la même année. Les deux disques ont donc été produits dans la foulée. Ainsi, si Lange limitait son art à du gros son, on aurait retrouvé un travail similaire sur les deux galettes. Il n’en est rien. Le son de The fine art of surfacing est dynamique, d’une clarté cristalline. Si la batterie est redoutable d’efficacité, octane pulsatif, les autres instruments y raccrochent leurs propres essences, le carburant final présentant un assemblage où la lecture de chacune des partitions précipite l’aiguille des vumètres en zone rouge.

The Boomtown Rats: Diamond Smiles


The Boomtown Rats est connu entre autre pour son chanteur Bob Geldof, en lien avec deux faits d’arme extérieurs au groupe. La première touche au cinéma: une prestation remarquée en tant qu’acteur. Il tient le premier rôle dans le film The Wall (sorti en salle en 1982), d’Alan Parker, sur un scénario de Roger Waters, l’ex âme pensante et maintenant damnée de Pink Floyd. Coïncidence, l’album éponyme du Floyd est sorti en 1979, la même année que l’objet de cette chronique. La deuxième raison est people. En 1984, il réunit le Band Aid, somme de célébrités du milieu musical anglais qui réalise un 45 tours dont les bénéfices sont destinés aux victimes de la famine qui sévit alors en Éthiopie. Comme la chanson cartonne auprès du public, un double méga concert est organisé un an plus tard, en 1985, au stade de Wembley pour la partie anglaise et à Philadelphie pour la partie américaine. Bob Geldof y fait vibrer sensiblement ses cordes vocales en solo (où est le groupe?). Ailleurs, en studio, pour l’enregistrement de The fine art of surfacing, qu’en est-il de son brin de voix? Atypique est un qualificatif qui lui sied. Il s’agit d’une sorte d’ânonnement, parfois à la limite de la justesse, timbre dentelé qui béquille au pays des médiums. Cette présentation peu flatteuse n’est pourtant pas un handicap pour les titres sautillants qu’elle enlumine, car c’est bien elle qui entraîne l’auditeur tutoyer la féérie d’un voyage en enfance (encore!). Nostalgie aidant, saisi par ce qu’il a de plus précieux, l’adulte plonge volontiers sa mémoire dans ce bain de jouvence. Someone’s looking at you, Diamond smiles ou Having my picture taken sur la Face A, I don’t like Monday, Nothing happened today ou Nice’n’neat sur la Face B sont autant d’invites sur le chemin que Lewis Caroll offrit merveilleusement à Alice. Ainsi, des dublinois rendent-ils hommage à un auteur britannique, ramenant le Royaume en un temps où les envies d’émancipation n’était le fait que de l’Irlande du Nord. Finalement, de par son titre et sa pochette, The fine art of surfacing ne peut-il se traduire par: «L’art de surnager»? Si tel est le cas, face à l’ensemble de la production discographique millésimée 1979, c’est gagné. 

The BoomTown Rats
The BoomTown Rats
En vrai … Le passage de The Boomtown Rats par Paris, le Palace en février 1980, n’a suscité aucune trace ou entrefilet sur la toile. Personne pour écrire : «J’y étais!». Vous y étiez, vous ? Les témoignages audio piratés montrent un groupe remuant mais une bande son où le chant, telle une roue de vélo après l’étreinte d’un trottoir, est d’une fausseté à peine supportable. Sur d’autres vidéos, le groupe tourne rond. Difficile de se faire une idée, la technique permettant des corrections miraculeuses… Alors, fallait-il y être, cette fois-ci ou une autre fois? Tout le monde a le droit de se rater un jour…
Thierry Dauge

 

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