mercredi 10 mai 2017

Johnny WINTER - Captured Live - 1976

Johnny WINTER - Captured Live - 1976

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Johnny Winter

Captured Live : La découverte

Entrer chez un disquaire (par chance, il en existe encore en activité). Franchir le seuil de cette cathédrale dédiée au vinyle (whatelse?), afin de communier avec toutes ces galettes d’où ne demande qu’à jaillir des musiques ensillonnées. Fureter ou écouter, sans chercher un disque en particulier, guidé par le sentiment d’un incontournable à découvrir. Parfois, il s’agit plus prosaïquement de récupérer une commande faite à partir du sempiternel processus: photo d’une pochette méticuleusement découpée dans un magazine puis livrée aux bons soins du maître des lieux…Ce jour-là, votre motivation reste floue. Vous vous dirigez vers l’endroit du sanctuaire où vous savez trouver un deskboard recouvert de velours pourpre qui accueille la platine. Soudain, les ébats d’ongles sur les cordes griffées d’une Firebird à tête inversée vous assaillent, averse torrentielle déversée des enceintes. Vous vivez l’intro de  It’s all over now  comme un tsunami. Une réaction chimique vous traverse, alchimie mystérieuse et magique qui vous envoie dans l’éther tutoyer les étoiles.

Johnny Winter : It's all over now 


En route vers mes 14 ans, tout cela m’arrive. Hébété, comme au sortir d’un rêve, je m’empresse de loucher sur la pochette du 33 tours capable de tant d’émois. Quelle cire possède si magnifique abeille en son essaim? Un bretteur des hauts sommets, cheveux blancs comme neige et en apesanteur, y prend le ciel à témoin. Ainsi, c’est de la Gibson turgescente qui lui ceint l’épaule que giclent ces saillies de blues blanc. Subjugué, je me vautre dans le flot de notes, surexcité et offert aux stimuli. «Ecoutes, ils font chacun un solo différent en même temps!», vous interpelle un type sur votre droite. Le duel de guitares que se livrent Johnny Winter et FloydRadford sur Sweet papa John est à couper le souffle. Tout l’album brûle de cette lave en fusion, qu’elle naisse des étincelles d’un bottleneck dérapant sur les 3 premières cordes ou du bout des doigts mitraillant les 3 autres (on attendra l’Ibanez Steve Vai Signature pour que naisse une guitare électrique à 7 cordes). Du blues-rock versus volcanique! Les critiques sont dithyrambiques et les amateurs font tourner l’alambic, descendant des rasades au goulot du brûlot. En bons afficionados, ils glorifient l’Albinos. Maître es cover, ce dernier hache le Dylan de l’ Highway 61 definitely revisited et son invité: Roll with me, transforme les auditeurs en: Rock & roll people. Ce n’est pas que la technique de Johnny Winter soit exceptionnelle mais il possède un feeling et un foncier hors norme. Si le houblon fait la bière et l’orge malté le whisky, son jeu de guitare fait le blues heavy, immergé dans le style pratiqué, les deux ne faisant plus qu’un.
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Johnny Winter

A la fin des années 50, un revival blues nait du côté de l’Angleterre: le British Blues Boom (BBB). Cette renaissance, assez fidèle à la musique des pionniers noirs américains du genre, se muscle progressivement tout au long des 60’s sous l’engouement de guitaristes déniaisés comme Page, Beck, Clapton, Green ou Lee qui, eux-mêmes, se branchent sur ce que touillent déjà leurs ainés, des types comme John Mayall. Il est écrit un peu partout que le BBB a relancé la pratique du blues aux States; sorte d’effet boomerang. John Dawson Winter III , de son nom complet, a-t-il pris le train en marche à cette occasion? Il est bien plus probable qu’il ait développé son appétence au contact des géniteurs, des Hommes comme Robert Johnson, Muddy Waters ou John Lee Hooker. Puis, lorsque le démon du blues rock l’eut saisi, à celui d’un Chuck Berry. Il reste néanmoins possible qu’un groupe comme les Stones ait concouru à tanner sa peau blanche de texan: sauce barbe-blues-cue. En tous cas, les cavalcades de sa main droite sur des câbles d’acier tendus n’ont pas finies de charmer les mélomanes et Captured live, plus qu’une entrée en la matière, restera à tout jamais sa flamboyante épitaphe.

Johnny Winter : Captured Live Tour - 1976


Pourquoi me faut-il passer 2010 pour me rendre à un concert de Johnny Winter? Peut-être pour la même raison qui fait que j’ai différé l’achat d’un de ses autres enregistrements, estimant que tout était déjà dit dans ce disque. Finalement, je succombe à la tentation et me procure un billet pour le concert du 7 avril 2013 à l’Olympia. Alvin Lee, gâchette ardente de Ten Years After, doit se produire en même temps. Mauvaise augure: I’m going home, ce grand guitariste meurt un mois plus tôt, le 6 mars 2013. Mauvaise augure?… Epaulé par son frère, Edgar Winter , Johnny Winter arrive sur scène comme sous l’emprise de neuroleptiques: démarche incertaine et traînante, dos voûté, visage à couvert d’un Stetson. A la fin du premier morceau, il s’assoit. Il ne se relève qu’une heure plus tard. En matière de guitare, il pratique sur un rectangle de bois garni d’un manche sans tête, sans doute la plus légère et la plus laide de toutes les rapières. Désemparé, je prends sur moi jusqu’au moment où il joue It’s all over now. Alors, n’y tenant plus, je quitte la salle, dépité. Depuis le début du show, tous ses solos se ressemblent, ternes bégaiements de gammes ralenties par des doigts gourds. Alors? … Captured live, Johnny, forever.

Thierry Dauge

Johnny Winter décède le 16 avril 2014 à Zurich.
De toute façon, il faisait déjà partie de la Légende.
Depuis 1970 qu’il attend ça, Hendrix a du endosser sa Stratocaster blanche et allumer son Marshall multi têtes…

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Johnny Winter - Concert 06 mars 2013 

Johnny Winter : Captured Live - 1976

Album enregistré en septembre 1975 lors d'une tournée conjointe de Johnny Winter avec le Edgar Winter Group (avec Rick Derringer).

Musiciens

  • Johnny Winter : voix, guitare, harmonica
  • Floyd Radford : guitare
  • Randy Jo Hobbs : basse
  • Richard Hughes : batterie

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