vendredi 19 mai 2017

NOIR DESIR - Tostaky

Noir Désir - Tostaky - 1992

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Noir Désir - Tostaky

Tostaky : Tout est ici

Aux sombres héros de l’amer, mes connaissances en désirs obscurs s’arrêtent là, comme pour beaucoup je pense. Et puis, un jour de 1992, un p’tit air à la radio élargit mon champ d’intérêt pour le groupe. Indéniablement, avec cet album, les bordelais durcissent le ton, passant du rock indé au rock fort, limite garage, presque hard sur certains titres dont le sublime et emblématique Tostaky. Mais c’est loin d’être tout! Des chansons formidables de mélodies et d’originalité peuplent le CD: Here it comes slowly, Ici Paris, Oublié, Marlène, Lolita nie en bloc. Dans l’hexagone, les artistes ayant sorti des albums de rock approchant ce niveau (et chantés en français!) ne sont pas si nombreux que ça. A titre d’exemples, on peut citer: Blankass avec L’ère de rien , Eiffel avec Le quart d’heure des ahuris, voire La Grande Sophie avec La suite et la môme Paradis pour son dernier opus: Love songs. Evidemment, mes choix musicaux appellent la critique: est-ce véritablement de rock dont il est question dans ces disques? Pour le moins, et sans rapport, juste pour dire, je respecte la parité homme/femme et pour Tostaky, le disque, la question ne se pose pas.

Noir Désir : Ici Paris


Je coince un peu sur la façon maniérée dont chante B. Cantat et sur le son des guitares qui manque d’épaisseur à mon goût. L’emballage des chansons, la note parfois volontairement vagabonde et les textes à tiroir me décoincent sans peine. Jouer l’œuvre provoque un plaisir identifiable à certains casques, un plaisir intégral. L’album qui suit, quatre ans plus tard, bien que moins musclé, véhicule le même engouement. Un jour en France ou Comme elle vient boxent dans la même catégorie, chez les poids lourds. Je me retrouve donc Noir Dez’ addict au même titre que toutes ces autres nouvelles recrues attirées par la colère subtilement emballée.

Noir Désir - Tostaky -live Les Vieilles Charrues 2001


A la fin d’un de mes cycles professionnels, la colère subtile contenue dans l’album porte mes envies d’évasion. N’ayant jamais renoncé à devenir un jour guitariste rythmique dans un groupe de rock, je puise des rêves de fureurs scéniques aux propos du Dez. Mon pied droit scande des hymnes guerriers en lançant la broche de la machine-outil, une Gambin, dont le mécanisme de mise en route archaïque dépend d’une barre d’acier sise à hauteur des chevilles. Au sortir de son flexible, le liquide de coupe qui gicle autour de la fraise tournoyante lubrifie autant l’usinage que mes mains, allant parfois jusqu’à étoiler mon visage. Tostaky devient alors une des âmes-sœurs essentielles pour surmonter le quotidien. Il faudra que j’attende dix ans pour enfin rejoindre puis dépasser cet horizon industriel. Et il me faudra patienter le même nombre damné pour écouter l’ensemble des chansons de Tostaky gravées dans un sillon. L’exaltation initiale passe alors au contentement total. Pour les fêtes de fin d’année, en plat principal, qu’est-ce qui vous ferait plaisir? En vinyle, Tostaky, de Noir Désir.

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Noir Désir - 8 avril 1993
En passant… Un de mes potes, fana du groupe depuis toujours, me propose une sortie parisienne où nous pourrons apprécier le groupe sur scène. Ainsi, nous nous retrouvons à ce concert extraordinaire du 8 avril 1993 au Bataclan. Je pratique cette salle pour la première fois et l’expérience est tantrique. La fournaise générée par les Dez’ provoque des pissades de sueur, du front jusqu’aux jambes! Une ambiance à vous tremper les chaussettes! C’est de la folie, sans temps mort, avec en guise de feu d’artifices une version de I want you (she’s so heavy) des Beatles à ridiculiser le final d’Abbey road. Ça reste, mon seul concert de Noir Désir. Je juge cette prestation inégalable et, de mémoire d’homme, elle le reste toujours.

Thierry Dauge

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