jeudi 20 avril 2017

PUBLIC IMAGE LTD - PIL - Metal box - 1979

PUBLIC IMAGE LTD - PIL - Metal box - 1979

PIL
PIL- Public Image LTD

Original. On ne peut pas dire ou écrire moins.

Que ce soit pour la musique, le son ou l’emballage, Metal box en 1979, ne fait rien comme les autres. Unique, à part : jamais vu, jamais entendu. Que contient la «conserve»? 3 maxi 45 tours séparés par des feuilles de papier pseudo-sulfurisé et une fiche de présentation en papier glacé.
Pil
PIL
L’exemplaire présenté ici est la réédition de 2006, l’original voit son métal (de l’étain? De l’alliage? …) oxydé. Oui, cet objet évolue dans le temps. «Performance» par son côté éphémère, cette «pochette» de disque se redéfinie en permanence. Vue de dessus, elle ressemble à un bouton mécanique, de ceux qu’on trouve sur les blousons en jeans, ou encore à un bouton pression sur l’épaulette d’un Perfecto. Entre les mains, elle provoque la question : «C’est une boite de film? Quelle sorte de musique s’y blottit?». Le logo: PIL, est emboutit dans la matière. Les chansons sont-elles en relief? Ainsi, Johnny Rotten, redevenu Lydon, à défaut de bisser les Pistols, sculpte-t-il avec cet étui l’art de stimuler les sens: la vue, le toucher et l’ouïe. Après son premier essai, il y avait fort à parier que l’ex-punk n’en soit pas resté-là, qu’il ait à nouveau donné libre cours au grand n’importe quoi: «Jouons ce qui nous passe par la tête ou le fondement. Après tout, c’est le même tuyau».
D’un point de vue purement musical, écouter les 6 faces relève de l’adoration. Autrement, c’est impossible! La voix du Lydon se fait tour à tour incantatoire, trémulante, hantée, professorale, scandée, scandaleuse, gutturale ou parlée. En matière de guitare, il est question d’un son rachitique et suraiguë, d’écorchures, de copeaux, de griffures ou d’anarchie: main gauche "et" main droite. La basse est omniprésente et mixée en avant. Elle remplit l’atmosphère, lourde, menaçante, effet voulu via l’adoption du format 45 tours.

PIL (Public Image Ltd) - Metal Box (1979)


A la gravure, le sillon est plus large, supporte d’avantage de graves, permettant ce phénomène. Seule la batterie parait "normale" bien que noyée de réverbération la plupart du temps. Ainsi vêtu, chaque morceau adopte un tempo différent... qu’il garde tout du long: monomaniaque et monotone. La chanson qui introduit le premier maxi est exemplaire à ce titre. Plus de 10 minutes de pseudo improvisation parcourues par les divagations d’un Lydon adoptant, pour l’occasion, un trémolo de médiums désintéressés. Plus de détails? Servons-nous de la deuxième chanson de chaque face pour disserter un peu. Sur Bad baby, Johnny lâche des incantations apaches autour d’un totem de batterie rock lorsque, soudain, une phrase de flute à bec vient lécher les tympans; Careering recréée l’ambiance et la bande son d’un film de SF de 1956 (!): «Planète interdite», à force d’un nappage de synthé qui, telle la marée, monte et reflux encouragée en cela par un chant plaintif et une basse redondante. Sur Graveyard, une batterie "lounge" nous entraîne à savourer un carpaccio de guitare trituré alternativement sur l’une ou l’autre des cordes de si ou de mi aiguës. Cette chanson préfigure une "world music"… irritante. Enfin, Swan lake (ex «Death disco») permet à JL de mugi-miauler à l’envie pendant que les six cordes bloquée déblatèrent un air punctiforme. De temps à autres, l’air principal du «Lac des cygnes» joué à la cornemuse (?) vient justifier le titre du morceau. Percussive, la batterie "discotte" tout du long, invitant à danser entre les passages où l’ensemble des instruments se télescopent en un lugubre n’importe quoi. N’importe quoi ?…

Pil - Metal Box
Pil - Metal Box
Cette critique sans concession, toute empreinte de factualité, tire à boulets rouges sur la boite métallique. Pourtant… ce disque est envoûtant. Déjà l’objet provoque l’esthésie, la nécessité de le prendre en mains, de le caresser, de le retourner. Puis vient le moment de l’ouverture. Les trois galettes épousent l’exact diamètre intérieur de leur emballage. Pas moyen d’y glisser les doigts! Pour se saisir de la première cire, il faut à nouveau retourner l’objet. Alors, le fruit de votre désir vous tombe dans la paume. Et c’est exactement ça. On "tombe" sur cette boite, on en "tombe" amoureux… jusqu’à la "tombe". Il y a des disques mystérieux, comme celui-là, où tout ce qu’on pourra vous dire le concernant ne comptera pas. Et si l’acronyme PIL devait être redéfini, nul doute que les mots choisis seraient : Power , Illusion et Love.
Public Image Limited
Public Image Limited
En vrai… Pas vu. Pour se faire une idée, il existe un live enregistré à Paris, à l’occasion d’un concert au Palace le 17/01/1980. A cette époque, faute à un titre du 1er album de Trust que j’écoutais en boucle, je ne pouvais me rendre dans cette salle. Alors, PIL sur scène pour la tournée qui suivit la sortie de Metal box? Plutôt dansant, je dirais, mis à part Lydon et sa façon très personnelle d’interpréter ses mots. Son chant est tordu et ne suit pas toujours (voire jamais!) la ligne mélodique. En cela, le concert est fidèle au disque "poids lourd".
Oui, trois LP dans une boite en fer appuient bien plus sur la balance que n’importe lequel de ses contemporains. Restera-t-il dans l’histoire de la musique comme l’enregistrement le plus lourd ? Si le mot lourd peut prêter à interprétation, ce qui reste sans conteste, c’est que cette œuvre d’art, non content d’y rester, a fait l’Histoire.

Thierry Dauge



Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire